Les enseignants contractuels : portrait d’une génération
Le contexte du recrutement
Depuis 2016, le ministère de l’Éducation Nationale marocain recrute massivement par contrat des académies régionales (AREF). Cette génération d’enseignants — souvent jeunes, souvent diplômés du supérieur — a profondément renouvelé les salles de classe. Mais leur statut a aussi cristallisé les tensions sociales. Portrait.
Le contexte du recrutement
Face aux besoins massifs (départs en retraite, classes surchargées, généralisation du préscolaire), l’État a opté pour des contrats régionaux plutôt qu’un statut fonctionnaire pur. L’objectif : recruter rapidement, à moindre coût pour le budget de l’État, avec une gestion par académie régionale.
Le profil de ces enseignants
Majoritairement entre 25 et 35 ans, diplômés de licence ou de master, formés au CRMEF en quelques mois. Beaucoup ont d’autres expériences professionnelles avant, ou exerçaient déjà dans le privé. Une génération hybride, motivée mais souvent désillusionnée.
Les revendications
Le mouvement des enseignants dits « contractuels » a marqué la décennie. Revendications principales : intégration à la fonction publique, alignement salarial, sécurité de l’emploi, mobilité géographique. Plusieurs accords ont été conclus avec le ministère, sans résorber complètement le sentiment d’iniquité.
Sur le terrain : que vit-on en classe ?
Beaucoup de ces enseignants ont eu à se former « en faisant ». Affectés en zones difficiles, ils ont parfois pris à bras-le-corps les classes multi-niveaux, le rural reculé, les écoles oubliées. Témoignages : beaucoup de fierté professionnelle, et une fatigue lourde.
Témoignage : Yassine, 29 ans, Béni Mellal
« J’ai été diplômé en 2018, recruté académie. Affecté à 90 km de chez moi, dans un village. La première année a été dure. Aujourd’hui je m’attache aux enfants, mais le statut me ronge. Mon cousin recruté un an avant moi sur autre voie a un statut plus protecteur. C’est ça l’injustice. »
Ce qui change en 2026
Des évolutions sont en cours : intégration progressive, harmonisation, ajustements indemnitaires. Le chemin est long. Mais ces enseignants restent le visage majoritaire de l’école publique marocaine d’aujourd’hui.



