Témoignage : enseignante au village

Le quotidien

Hayat, 34 ans, enseigne depuis huit ans dans une école primaire d’un village du Moyen Atlas. Une école de trois classes, à 1 700 mètres d’altitude, accessible par une piste qui se ferme l’hiver. Elle a accepté de raconter son métier à Edumag.

Le quotidien

« Je quitte le village voisin où je loue une chambre à 7 heures. Selon la météo, je marche 20 minutes ou je prends la piste en voiture si elle est ouverte. La classe commence à 8 heures. J’ai 24 élèves, du CP au CE2, dans la même salle. Tous parlent amazigh à la maison ; on travaille en arabe et en français à l’école. »

Les plus grands défis

« Le multi-niveaux, je n’ai jamais été formée pour. J’apprends en faisant. Le matériel : beaucoup vient de moi. Les manuels arrivent souvent en retard. Les familles : certaines sont très investies, d’autres veulent que les enfants aident aux champs dès qu’ils savent lire. Convaincre, expliquer — c’est la moitié du métier. »

Les petites victoires

« Quand Asma, l’an dernier, a été reçue au collège du chef-lieu — la première fille de son hameau —, j’ai pleuré. Et puis il y a les choses simples : quand un enfant qui ne disait pas un mot en septembre lit une phrase à voix haute en mai, c’est immense. »

Ce que les politiques publiques pourraient changer

« Trois choses : logement décent pour les enseignants nommés en zone rurale, formation au multi-niveaux, et appui pédagogique de proximité — un inspecteur qui passe vraiment, pas juste pour signer un papier. Les Écoles Pionnières, on en parle beaucoup, mais sur le terrain, ça change lentement. »

Son message aux jeunes enseignants

« N’attendez pas le poste idéal. Allez où on a besoin de vous, deux ou trois ans. Vous apprendrez plus en un trimestre qu’en deux ans dans une grande ville. Et vous saurez à quoi sert votre métier.»

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