Témoignage : père au foyer dans une société qui résiste
Comment ce choix est-il né ?
Au Maroc, le père qui reste à la maison pour s’occuper des enfants suscite encore curiosité, suspicion ou admiration. Rarement indifférence. Mehdi, 39 ans, Casablanca, a fait ce choix il y a quatre ans. Il témoigne pour Edumag.
Comment ce choix est-il né ?
« Ma femme, médecin spécialiste, avait une carrière qui décollait. Moi, j’étais cadre dans une multinationale, mais le sens me manquait. Quand notre deuxième enfant est arrivé, on a fait le calcul : entre les nourrices, la crèche, les imprévus, plus mon temps de transport, ça n’avait plus de logique économique ni familiale. J’ai pris une pause. Quatre ans plus tard, elle dure encore. »
Les regards extérieurs
« Les premières années, les questions étaient permanentes. « Tu fais quoi dans la journée ? », « C’est pas un peu humiliant ? », « Ta femme te laisse faire ? » J’ai compris une chose : les remarques venaient autant des hommes que des femmes. La société marocaine assigne des rôles, et toute déviation interroge. »
Ce qui change pour les enfants
« Mes enfants me voient cuisiner, faire les leçons, gérer le linge. Ils intègrent autre chose qu’un schéma figé. Mon fils dit naturellement à ses copains : « Mon père cuisine. » Sans gêne. C’est ça que je veux leur transmettre. »
Les difficultés réelles
« L’isolement. Les pères au foyer marocains, ça ne fait pas un groupe WhatsApp. Au parc, je suis souvent le seul homme. Et puis l’identité : on se construit beaucoup sur son métier. Réapprendre à se définir autrement, ça prend du temps. »
Son conseil aux familles qui hésitent
« Posez-vous trois questions : qui gagne plus, qui aime quoi, quels sont nos vrais besoins ? Pas un seul de ces trois critères ne dépend du sexe des parents. Le reste, c’est la pression sociale. Elle s’apaise quand vous vivez paisiblement votre choix. »



